Selon l’INRAE (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement), entre 20 et 30 % des abeilles domestiques meurent chaque année en France. C’est deux fois plus que la mortalité naturelle. Plusieurs menaces pèsent sur les abeilles.
Les abeilles sont indispensables à notre écosystème. (Elles ne sont pas les seules, bien sûr.) Parce que les abeilles, comme tous les insectes pollinisateurs, participent à la reproduction de 90% des végétaux à fleurs. Les abeilles sont aujourd’hui fortement menacées, par des parasites et maladies, par un prédateur naturel vorace, et par nous, les humains, qui épandons allègrement des pesticides nocifs ou provoquons un réchauffement climatique rapide, notamment. Voici 5 menaces qui pèsent sur les abeilles. Et, pour chacune de ces menaces, des solutions pour aider les abeilles. Merci à Jean-Marie Godier, président de l’Abeille Normande du Calvados et apiculteur, et à Jean-François Odoux, ingénieur d’études INRAE à l’Université de Caen, spécialiste de l’écologie des abeilles, d’avoir répondu à mes questions.
1. Les pesticides

Les substances chimiques qui composent les insecticides épandus sur les végétaux sont une des menaces qui pèse sur les abeilles.
Le pollen et le nectar des fleurs que les abeilles butinent peuvent contenir des insecticides. Soit les insecticides sont directement épandus sur les fleurs. Soit les fleurs contiennent des résidus de pesticides épandus sur les semences, les végétaux ou dans le sol. Les abeilles, en butinant, ingèrent ces pesticides, composés de substances chimiques nocives. Et ces substances chimiques nocives causent la mort des abeilles ou bien leur provoquent des affections graves (ralentissement de leur développement, malformations, réduction de leurs défenses immunitaires problèmes d’orientation…).
Bien sûr, les abeilles ne sont pas les seuls organismes vivants à être exposés aux produits chimiques nocifs contenus dans les pesticides (mais mon article ayant pour sujet les abeilles, je vous parle des abeilles).
Les néonicotinoïdes sont des insecticides neurotoxiques, particulièrement efficaces et très courants. Ils perturbent le système nerveux central des insectes, ce qui les paralyse puis les tue. Les abeilles également. Les néonicotinoïdes sont interdits en France et en Union européenne depuis 2018. Mais le 27 janvier 2025 le Sénat a voté en faveur de la réintroduction dérogatoire d’un néonicotinoïde (l’acétamipride) pour la culture de la betterave et de la noisette. C’est la proposition de loi Lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur dite Loi Duplomb (du nom du sénateur qui est le rapporteur de la loi). L’Assemblée nationale devra examiner le projet de loi à son tour.
Ce n’est pas la première fois que le gouvernement français veut ré-autoriser l’usage des néonicotinoïdes « de manière exceptionnelle ». En 2021 et 2022 des dérogations avaient été accordées, par arrêtés ministériels, à l’interdiction européenne de l’utilisation des néonicotinoïdes pour les cultures de betteraves sucrières. Mais, le 3 mai 2023, le Conseil d’État avait annulé ces dérogations, faisant suite à un arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne du 19 janvier 2023 qui précisait que, dès lors que la Commission européenne a interdit l’utilisation de semences traitées avec un produit phytosanitaire, aucun État membre ne peut accorder de dérogation temporaire à cette interdiction.
D’où proviennent ces pesticides ? Des épandages de substances chimiques (engrais, fongicides, insecticides, herbicides) effectués par les agriculteurs qui pratiquent une agriculture conventionnelle, c’est-à-dire non biologique ni raisonnée (qui limite la quantité de produits chimiques utilisés). Des produits chimiques que les particuliers utilisent dans leur jardin.
Que pouvons-nous faire contre cette menace ?
Manger bio. Parce que nos choix en tant que consommateurs envoient un message clair aux industriels et aux gouvernements : si nous mangeons des produits bio, c’est que nous ne voulons pas être empoisonnés par les substances chimiques ; et que nous ne voulons pas non plus que les abeilles soient tuées par des substances chimiques.
Et bannir les produits chimiques de son jardin, son balcon, sa terrasse.
On peut également placer un hôtel à insectes chez soi, ce qui a principalement un intérêt pédagogique – et c’est déjà une très bonne chose.
2. L’appauvrissement des sources d’alimentation

Les abeilles mellifères peuvent parcourir plusieurs kilomètres autour de leur ruche pour butiner des fleurs. Mais elles trouvent de moins en moins de fleurs ou des fleurs de moins bonne qualité. Voici donc une autre menace qui pèse sur les abeilles : l’appauvrissement des sources d’alimentation.
Les abeilles ont besoin de nombreuses fleurs variées, à butiner du printemps à l’automne – elles hibernent. Les abeilles domestiques ont ainsi besoin d’une réserve de 10 à 15 kilos de miel par ruche afin de pouvoir se nourrir tout l’hiver sans sortir. Pour cela, elles doivent butiner des fleurs qui leur apportent assez de nectar et de pollen. Or, il y a fleur et fleur.
L’agriculture intensive cause la disparition de praires fleuries et d’espaces de nature sauvage. Et, dans les gigantesques champs où est pratiquée la monoculture intensive, sans haies, sans adventices, ne sont produites qu’une espèce végétale à la fois. Les abeilles (et tous les insectes pollinisateurs) trouvent donc moins d’essences de fleurs pendant moins longtemps dans l’année. L’utilisation d’herbicides, en outre, tue des plantes qui pourraient être butinées par les abeilles.
Que pouvons-nous faire contre cette menace ?
Semer des plantes mellifères (et choisir des graines bio) chez soi. Et même planter des arbres et des buissons. (Les abeilles butinent les fleurs au sol, dans les buissons et dans les arbres.) En choisissant différentes essences qui fleurissent toute l’année.
Préserver le plus possible, dans son jardin, des parcelles « sauvages », dans lesquelles on laisse pousser les fleurs.
Et participer à la campagne Disséminons 25 millions de graines de résistance ! de l’association Agir pour l’environnement sur Ulule. Cette campagne a pour but de « créer une Zone de Bzzz », c’est-à-dire de semer des millions de fleurs bio mellifères pour offrir aux abeilles de la nourriture saine. Les dons à la campagne, à partir de 5 €, permettent de recevoir, en contrepartie : des sachets de graines bio La Semence Bio, autocollant, fiche pratique, plaque Zone de Bzzz, adhésion à l’association, reçu fiscal (les dons sont défiscalisés)… Selon le montant du don.
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Livre 50 idées fausses sur les abeilles, Aurélien Ausset et Vincent Albouy, Éditions Quæ, paru le 20 février 2025, 152 pages, 23 €. En vente à la Fnac. |
3. La propagation de maladies et parasites

Les abeilles sont sensibles à certains parasites et maladies – comme tous les êtres vivants. C’est donc une autre menace pour les abeilles.
Le varroa, par exemple, un acarien, arrivé en France (depuis l’Asie) dans les années 80, pond dans les cellules qui contiennent une larve d’abeille et parasite les larves. Il transmet également des virus aux abeilles. Le varroa est de plus en plus virulent. Les apiculteurs traitent donc les ruches. Mais cela ne suffit pas à éliminer complètement le parasite, qui revient chaque année. Certaines espèces d’abeilles ne sont toutefois pas sans défenses (naturelles) contre le varroa.
Le petit coléoptère des ruches (importé d’Amérique) est un insecte, parasite également des ruches, qui s’y développe et dévore le miel et la cire. Il détruit la ruche.
Que pouvons-nous faire contre cette menace ?
Parrainer des abeilles. Avec Un toit pour les abeilles, on peut parrainer un apiculteur (de son choix) pour quelques euros par moi pendant un an et recevoir des pots de miel. L’apiculteur peut ainsi développer son activité.
Semer différentes espèces de fleurs mellifères riches en acides gras (omégas 3 et 6), de manière à ce qu’il y ait des fleurs toute l’année, pour que les abeilles aient une alimentation riche leur permettant de se défendre mieux contre les parasites et maladies. Même su son balcon au sixième étage d’un immeuble en ville ! Voici quelques plantes mellifères riches en acides gras : les plantes appartenant à la famille des brassicacées (moutarde, choux, cresson, raifort…), coquelicot, plantain, aubépine…
Et, pour celles et ceux qui se lancent dans l’apiculture, se former. La formation n’est pas obligatoire mais elle est très vivement conseillée. Prendre soin d’abeilles ne s’improvise pas. Les syndicats d’apiculteurs proposent des formations, par exemple (peu onéreuses).
4. Le frelon asiatique

Outre les parasites et maladies, le frelon asiatique représente une importante menace pour les abeilles.
Le frelon asiatique vient, comme son nom l’indique, d’Asie. Les abeilles asiatiques ont des moyens de défense contre ce prédateur naturel. Mais pas les abeilles européennes. Le ferlon asiatique représente donc une menace pour les abeilles. Le frelon asiatique est arrivé en Aquitaine en 2004, transporté, par erreur, dans des poteries. On le trouve aujourd’hui dans toute la France et les pays limitrophes à la France. Il s’attaque donc aux abeilles locales qui, elles, ne sont pas capables de se défendre contre lui. Quelques frelons asiatiques peuvent dévorer des milliers d’abeilles. Le frelon asiatique mange les abeilles dès leur sortie de la ruche ou bien pénètre à l’intérieur de la ruche où il mange abeilles, larves et gelée royale.
Attention, le frelon asiatique peut s’attaquer aux humains s’il se sent menacé ou dérangé.
Que pouvons-nous faire contre cette menace ?
Il est préférable de faire appel à un professionnel pour détruire un nid de frelons asiatiques.
On peut soutenir les apiculteurs locaux, qui font face à de nombreuses menaces sur leurs abeilles, en choisissant de ne consommer que du miel d’apiculteur local.
5. Le réchauffement climatique

Les abeilles sont également touchées par le réchauffement climatique. Une menace qui pèse sur les abeilles et sur tous les êtres vivants.
Hausse des températures, canicules, fortes pluies et inondations, incendies ravageurs, dérèglement des saisons… Les conséquences du réchauffement climatique représentent une menace pour les abeilles. Les abeilles souffrent des très fortes chaleurs. Si la ruche est trop chaude, les abeilles consacrent du temps (et de l’énergie) à la ventiler, et non au travail de la ruche. Elles peuvent même mourir à cause d’une chaleur très élevée. Les floraisons décalées avec le rythme de la vie dans la ruche et les pertes de fleurs causées par la sécheresse ou le dérèglement des saisons les privent, en outre, de nourriture.
Que pouvons-nous faire contre cette menace ?
Tous nos petits gestes, et les grands bien sûr, pour réduire le réchauffement climatique sont bons à prendre. Adoptez les tendances écoresponsables de 2025, faites un don à une association de protection de l’environnement, achetez bio, local et réutilisable, placez un petit récipient d’eau dans votre jardin loin de la maison pendant les périodes de fortes chaleurs pour que les abeilles puissent venir y boire, réduisez vos déchets, bossez pour l’environnement, compostez, n’achetez plus de plastique (vous sauverez également les océans)… Les abeilles ont besoin de la BioGirl qui est en vous.
À lire, à écouter et à voir au sujet des abeilles (et des menaces qui pèsent sur les abeilles) :
- Livre 50 idées fausses sur les abeilles, Aurélien Ausset et Vincent Albouy, Éditions Quæ, paru le 20 février 2025, 152 pages, 23 €. En vente à la Fnac.
- Podcast de l’Anses : Zootopique, Le silence des abeilles EP 04.
- Émission Miel : Un Buzziness florissant, mardi 15 avril à 21h05 sur France 5 et sur france.tv.
Sources : Anses, Anses, Le Monde, France Nature Environnement, Conseil d’État, INRAE, livre 50 idées fausses sur les abeilles, Aurélien Ausset et Vincent Albouy, Éditions Quæ, paru le 20 février 2025, 152 pages, 23 €.
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Très bel article ! Merci pour vos conseils et votre engagement ! L’Équipe Un Toit Pour Les Abeilles !
Merci beaucoup pour votre commentaire !