1,7 million d’animaux dits « nuisibles » sont tués chaque année en France, tout au long de l’année. Cet abatage est légal. Certains animaux sont inscrits sur une liste par arrêté ministériel car ils provoquent des dégâts dans les cultures notamment. Une étude du Muséum national d’Histoire naturelle vient de conclure que cette politique d’abatage était « coûteuse et inefficace ». En plus d’être « éthiquement discutable ».
Pourquoi tue-t-on des animaux dits « nuisibles » chaque année en France ?
Les animaux dits « nuisibles » ou « espèces susceptibles d’occasionner des dégâts » (ESOD) sont ceux que le gouvernement autorise à chasser, piéger, déterrer ou bien capturer, tout au long de l’année, même donc en dehors des périodes de chasse. Ils sont ajoutés sur une liste publiée par arrêté ministériel, tous les trois ans (article R 427-8 du Code de l’environnement). Comment cette liste est-elle établie ? Suite à des signalements d’agricultrices et agriculteurs et de particuliers qui ont constaté dans leurs exploitations ou chez eux des dégâts. Dégâts qu’ils attribuent à tel animal. Sans preuve ni contrôle. Une nouvelle liste d’ESOD doit être établie cette année d’ici l’été…
Ainsi, chaque année, 1,7 million d’animaux sont tués. Belettes, corbeaux, corneilles, étourneaux, fouines, geais, martres, pies, renards… Or, toutes ces espèces d’animaux sauvages sont précieuses pour la biodiversité. Certains cachent des glands pour les manger ultérieurement mais en oublient. Les glands oubliés germent et des chênes poussent dans la forêt. D’autres sont des charognards et « nettoient » les cadavres d’animaux. D’autres encore mangent les rongeurs qui sont attaqués par les tiques (porteuses de maladies) et qui se régalent les cultures. Ces animaux sont utiles dans la nature ! Et aucune étude n’avait été effectuée sur l’efficacité de cette politique. Jusqu’à maintenant. Plusieurs institutions préconisent toutefois déjà d’abandonner cette politique d’abatage et de tester de nouveaux dispositifs. À l’instar de l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable (IGEDD).

Une politique« coûteuse et inefficace » selon une étude du Muséum national d’Histoire naturelle
Le Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN) a publié une étude dans Biological Conservation dans laquelle il conclût que la politique française qui consiste à tuer des ESOD chaque année est « coûteuse et inefficace ». L’étude se base sur des données publiques collectées entre 2015 et 2022. Et rapporte qu’éliminer les ESOD coûte entre 103 et 123 millions d’euros par an. Tandis que les dégâts que les animaux causent coûtent entre 8 et 23 millions d’euros par an. Ainsi, éliminer les animaux dits « nuisibles » coûte huit fois plus chers qu’indemniser les dégâts causés par ces animaux. Cette politique n’est donc pas rentable.
En outre, tuer ces animaux ne réduit pas les dommages causés. Et laisser ces animaux sauvages en vie n’augmente pas les dégâts engendrés ! D’autre part, la destruction des ESOD ne régule pas non plus les populations de ces animaux. Les auteurs de l ‘étude ont constaté que les populations de cinq espèces d’oiseaux appartenant à la liste des « nuisibles » n’avait pas diminué. L’élimination des ESOD est, en outre, bien sûr, « éthiquement discutable ».
Ainsi, les scientifiques du MNHN qui ont mené cette étude préconisent-ils de remplacer l’abatage des animaux par des mesures non létales. Comme, par exemple, trouver des solutions pour protéger les semis, effrayer les animaux qui s’approchent des cultures (de manière plus efficace que ce qui est pratiqué aujourd’hui). Enfin, les auteurs de l’étude préconisent aussi de trouver un moyen de normaliser et contrôler les déclarations de dégâts causés par des animaux sauvages dans les cultures ou chez les particuliers.
Sources : Vie-publique.fr et Muséum national d’Histoire naturelle.
