Les fleurs sont belles. Elles nous font sourire lorsqu’on les reçoit en cadeau. Elles donnent envie de plonger le nez dedans pour en inhaler les senteurs. Et apportent de la vie à nos intérieurs lorsqu’elles trônent en bouquet sur des meubles. Mais elles sont empoissonnées par des pesticides.
Pour la Saint-Valentin, pour les anniversaires, les fêtes, pour décorer nos logements, nous achetons des bouquets de fleurs. Et nous avons bien raison de le faire. Car les fleurs sont magnifiques. Mais les fleurs, comme tous les végétaux, sont soumises aux quatre saisons, au climat, à la nature. Or les fleurs que nous achetons sont souvent importées (de pays plus ou moins éloignés de la France) et remplies de pesticides, dont certains sont interdits en Union européenne, à cause de leur toxicité avérée. L’UFC-Que Choisir a testé des bouquets de fleurs issus de différentes boutiques (en ligne et physiques) et a publié ses inquiétants résultats. L’association de défenses des droits des consommateurs appelle les pouvoirs publics à légiférer pour protéger fleuristes et consommateurs. Et nous pouvons soutenir cette requête. Merci à Pierre Lebailly, épidémiologiste et Maître de Conférences en Santé Publique à l’Université de Caen et expert des pesticides d’avoir répondu à mes questions.
Une présence inquiétante de pesticides dans les fleurs coupées

Les fleurs contiennent plus de pesticides que les aliments que nous consommons. Les fleuristes et les consommateurs sont donc exposés à des risques sanitaires en les manipulant. Pourquoi les fleurs contiennent-elles autant de pesticides ? Parce qu’aucune réglementation ne limite la quantité de résidus de pesticides que l’on peut y trouver. Parce que l’on vend et achète toutes sortes de fleurs en toutes saisons et à tout petit prix. Également, parce que les fleurs poussent sous serre, donc en milieu fermé, et se gorgent des pesticides qui sont versés dessus. Et parce que les fleurs sont un produit à forte valeur ajoutée et que les pesticides sont un moyen (malheureusement) économique de faire pousser vite des végétaux.
L’association de défense des droits des consommateurs UFC-Que Choisir a testé des bouquets de fleurs coupées et tous contenaient des pesticides. Beaucoup de pesticides.
Comment l’UFC-Que Choisir a-t-elle effectué ses tests ? L’association a acheté 15 bouquets comprenant 3 espèces de fleurs différentes (5 gerbéras, 5 roses et 5 chrysanthèmes) dans différents magasins (grande surface, fleuriste, boutique en ligne) en janvier 2025. Les 15 bouquets ont été analysés en laboratoire. 600 résidus de pesticides ont été recherchés dans les fleurs coupées. Dont certains interdits en Europe.
Sur les 15 bouquets de roses, gerberas et chrysanthèmes testés, tous contenaient des pesticides. Dans 100 % des fleurs testées par l’UFC-Que Choisir il y avait des pesticides. Et le laboratoire qui a effectué les analyses a même détecté jusqu’à 46 résidus de pesticides différents dans un même bouquet. Les pesticides ont été retrouvés en quantité importante. Parmi ces pesticides, certains sont des cancérogènes avérés, d’autres sont des perturbateurs endocriniens. Et certains sont interdits dans l’Union Européenne.
Les résultats complets du test réalisé par l’UFC-Que Choisir sont publiés dans le magazine Que Choisir n°644 qui sera disponible en kiosque le 20 février 2025. L’article est à retrouver intégralement sur le site (Pétales toxiques – article réservé aux abonnés).
Et aucune réglementation au sujet des pesticides dans les fleurs coupées

Les pesticides contenus dans les fleurs coupées sont manipulés par les fleuristes et également par les consommateurs qui les achètent.
80 % des fleurs vendues en France sont importées, notamment de pays qui n’ont pas interdit certains pesticides contenant des substances toxiques (et interdites en Union européenne). Et aucune réglementation ne prévoit de quantité maximum de résidus de pesticides que les fleurs coupées peuvent contenir (pour ne pas être dangereuses pour la santé humaine).
L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) a été saisie en décembre 2024 et étudie les risques pour les fleuristes (et toutes les personnes travaillant avec des fleurs coupées) et les mesures de protection qu’il convient de mettre en place.
L’exposition des personnes travaillant dans la floriculture est l’objet d’un projet d’étude porté par Pierre Lebailly, épidémiologiste et Maître de Conférences en Santé Publique à l’Université de Caen et expert des pesticides, avec Jean-Noël Jouzel et Giovanni Prete, sociologues et Isabelle Baldi, épidémiologiste à Bordeaux. Les experts souhaitent mettre en avant l’exposition de fleuristes travaillant dans différentes filières (fleuristes indépendants, dans des grandes chaînes…) aux pesticides. Ils veulent documenter leur exposition (sur leurs mains, à l’intérieur de leur organisme…) et également les effets précoces de cette exposition éventuellement observés (effets précoces qui peuvent indiquer des risques globaux de contracter des maladies ultérieurement). L’étude doit également documenter les raisons de l’invisibilisation de cette préoccupation. Le but de cette réflexion n’est certainement pas de mette pas en difficulté la profession mais d’aider à une prise de conscience et à la recherche de solutions pour améliorer une situation inquiétante. L’étude doit durer trois ans. La demande de financement a été effectuée par les experts (qui attendent une réponse en automne 2025 pour commencer leur étude en janvier 2026).
L’UFC-Que Choisir demande aux autorités des mesures immédiates :
- une réglementation relative imposant des doses maximales de résidus de pesticides dans les fleurs coupées ;
- l’interdiction d’importer des fleurs traitées avec des pesticides qui sont interdits en Europe ;
- l’obligation de lister les pesticides utilisés sur les étiquettes des fleurs ;
- l’élargissement des recherches de l’ANSES relatives aux pesticides auxquels les consommateurs sont exposés avec les fleurs.
Comment pouvons-nous appuyer cette demande légitime de l’UFC-Que Choisir ? En partageant l’information sur nos réseaux sociaux afin de mobiliser le plus possible de personnes ; en boycottant les fleurs conventionnelles vendues hors saison et provenant de pays hors Union européenne ; en privilégiant les fleurs françaises de saison exemptes de pesticides ; en écrivant à nos élus pour leur demander d’agir en faveur d’une réglementation relative aux résidus de pesticides dans les fleurs coupées.
Quelles alternatives aux fleurs provenant de loin à petit prix et remplies de pesticides nocifs ? Il existe des producteurs de fleurs françaises sans pesticides. Vous trouverez des fleuristes engagés proche de chez vous qui font partie du réseau Le Collectif de la fleur française. Et sur Internet, par exemple, Murs à fleurs cultive des fleurs à Montreuil sans pesticides et dans le respect de la biodiversité et des saisons (donc pas de fleurs en hiver !). Pour l’hiver, faites sécher vos bouquets de fleurs fraîches et conservez des jolis bouquets de fleurs séchées. Et pour les cadeaux ? Objets éthiques, voyage écovolontaire, seconde main… Les idées cadeaux écoresponsables ne manquent pas.
